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Ǧeṛǧeṛ

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L’homme qui ne baissa jamais la tête

Publié par Rachid n'Ait Kaci sur 7 Octobre 2026, 19:55pm

Catégories : #Communication, #LibrOpinion

" La gloire et la déchéance sont deux faces d'une même pièce, inséparables et pourtant si opposées, qui illustrent la fragilité des sommets que l’on croit éternels. L’histoire regorge d’exemples où ceux qui étaient portés en triomphe tombèrent brutalement dans l’oubli ou l’infamie. Comme le rappelle le vieil adage romain, " Il n'y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne ", la chute peut être aussi rapide que l'ascension a été brillante. Cette proximité entre la reconnaissance suprême et la disgrâce publique met en garde contre l’arrogance et invite à l’humilité : il suffit d’un faux pas, d’un excès de confiance ou d’un retournement de l’opinion pour que le héros devienne paria. "  

Tahar F.

 

Il habitait le silence

comme d'autres habitent un royaume.

Dans des murs trop vastes

pour la mesure d'un homme,

il avait apprivoisé l'absence,

l'avait assise à sa table

comme une compagne fidèle.

Les livres,

alignés dans la pénombre,

étaient ses derniers voisins.

Au loin,

le monde passait;

bruyant,

pressé,

distrait de lui-même.

Et toi,

tu demeurais au bord des jours,

immobile comme une veille,

riche d'une pensée profonde

que nul ne venait chercher.

On te croyait pauvre

parce que tes mains

ne retenaient rien.

Pourtant tu possédais

ce bien plus rare que l'or :

la liberté

de n'attendre personne.

Puis vint l'heure discrète,

celle que choisissent parfois

les êtres demeurés fiers.

Sans plainte.

Sans témoin.

Tu partis

comme tu avais vécu :

dans une paix austère,

loin des foules

et de leurs jugements.

Alors ceux

qui avaient oublié ton nom

se souvinrent soudain

de ton existence.

Partirent voir Uvdir*,

pour échapper à leur détresse.

Les portes s'ouvrirent.

Les pas se hâtèrent.

Comme si la mort

avait donné du prix

à ce qu'ils n'avaient jamais regardé.

Mais ils arrivaient trop tard,

chargés seulement

du poids de leur propre absence.

Car ce qui faisait ta grandeur

échappait aux mains

comme aux discours :

cette fidélité obstinée

à toi-même,

ce refus calme

de céder ton âme

au confort des renoncements.

Tu n'as laissé

ni fortune,

ni héritage.

Seulement une leçon silencieuse :

qu'il est possible

de traverser la vie sans plier,

de supporter l'abandon

sans se trahir,

et de quitter ce monde

dans la solitude peut-être,

mais debout jusqu'au bout.

Et dans la chambre

où ton souffle s'est éteint,

quelque chose demeure encore.

Une présence légère.

L'empreinte d'un homme

que l'on a peu aimé,

mais dont les écrits,

comme des braises sous la cendre,

continuent d'éclairer l'ombre.

* Uvdir : probable déformation du mot Duumvir (magistrat romain chargé de faire respecter et appliquer la loi). Il s'agit d'une simple déduction logique de ma part, et non le résultat d'une quelconque recherche.

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