- 11è leçon : l'aménagement du territoire doit intégrer explicitement le risque incendie
C'est peut-être la conséquence politique la plus importante.
On ne peut pas continuer à construire, développer des infrastructures ou étendre des villages dans des zones exposées sans intégrer le risque incendie dans les décisions d'aménagement.
Chaque nouveau projet important devrait pouvoir répondre à une question simple :
Que se passe-t-il si un feu extrême survient ici ?
Cela concerne les habitations, mais aussi les routes, les lignes électriques, les zones industrielles, les campings, les équipements touristiques et les infrastructures stratégiques.
La prévention des incendies ne devrait donc plus être uniquement l'affaire des services forestiers et de la Protection civile. Elle devrait devenir une composante normale de la politique d'aménagement du territoire.
- 12è leçon : revoir la gestion économique et sociale des espaces forestiers
Une forêt abandonnée n'est pas nécessairement une forêt protégée.
Dans certaines régions, l'abandon des terres agricoles, la diminution de certaines activités rurales et la concentration de la population dans les villes peuvent contribuer à créer des espaces où la végétation combustible s'accumule.
Il faut donc réfléchir à une économie de la prévention : entretien des espaces, agriculture adaptée, pastoralisme raisonné, valorisation des produits forestiers, emplois locaux de prévention et entretien permanent des infrastructures.
Autrement dit, plutôt que de considérer la prévention comme une dépense qui revient chaque été, on pourrait en faire une activité territoriale permanente, créatrice d'emplois et de valeur ajoutée.
- 13è leçon : mieux protéger les infrastructures critiques
Un incendie ne menace pas seulement les maisons et les forêts. Il peut interrompre l'électricité, les télécommunications, l'approvisionnement en eau, les routes, les transports, les services de santé et les réseaux numériques.
Il faut donc identifier les infrastructures critiques situées dans les zones à risque et prévoir leur protection (ou des solutions alternatives).
Une coupure de réseau pendant une évacuation peut transformer une situation difficile en catastrophe.
- 14è leçon : penser la reconstruction avant même que le feu ne survienne
L'après-incendie est souvent le grand oublié.
Que fait-on des agriculteurs qui ont perdu leurs récoltes ? Des éleveurs qui ont perdu leurs troupeaux ? Des habitants dont les maisons sont détruites ? Des communes dont les infrastructures sont endommagées ?
Il faut disposer à l'avance de protocoles permettant d'indemniser rapidement les victimes, de reconstituer les cheptels, de restaurer les infrastructures, de lutter contre l'érosion des sols, de protéger les bassins versants et de surveiller les glissements de terrain et les inondations consécutives aux incendies.
Car le risque ne disparaît pas lorsque le feu s'éteint. Une forêt brûlée peut devenir particulièrement vulnérable à l'érosion et aux pluies intenses dans les mois qui suivent.
15è leçon : accepter que certains incendies ne pourront pas être empêchés
C'est une conclusion difficile, mais importante.
Avec le réchauffement climatique, il serait illusoire de promettre le " zéro incendie ". L'objectif réaliste doit être différent : empêcher que les départs de feu ordinaires deviennent des catastrophes humaines. Cela signifie accepter une stratégie fondée sur la réduction du risque : certains feux partiront, certains seront difficiles à combattre, mais ils ne doivent pas systématiquement devenir des événements meurtriers et incontrôlables.
Et cela change complètement la philosophie du système.
- 16è leçon : la transparence des données doit devenir une politique publique
Il faudrait disposer d'une plateforme publique permettant de suivre, presque en temps réel :
- les départs de feu
- leur localisation
- leur superficie
- les conditions météorologiques
- les zones évacuées
- les moyens engagés
- les dégâts humains et matériels
- les données satellitaires disponibles
- puis, après la catastrophe, les conclusions des enquêtes.
Cela permettrait notamment de lutter contre les deux phénomènes qui nous empêchent de réfléchir et qui sèment le doute : la désinformation et la politisation immédiate de la catastrophe.
La transparence ne signifie pas tout diffuser sans vérification. Elle signifie au contraire publier rapidement les données vérifiées, expliquer ce qui est encore incertain et corriger publiquement les erreurs.
Sources : Banque mondiale, Radio algérienne, European Forest Institute
(Suite la semaine prochaine)
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