La Journée sans voitures à Alger est une initiative citoyenne et écologique devenue une véritable tradition locale au fil des ans. Lancée initialement à la fin des années 2000, elle s'est solidement ancrée dans le paysage de la capitale.
Voici ce qu'il faut en retenir :
Généralement organisée un vendredi (jour de repos hebdomadaire où le trafic est naturellement plus calme), cette journée consiste à interdire l'accès aux véhicules motorisés sur un axe majeur du centre-ville, le plus souvent de 7h-9h du matin jusqu'en en fin d'après-midi, voire 20 heures.
Le cœur de la manifestation se concentre sur un tronçon emblématique d'Alger-Centre :
- La rue Didouche Mourad
- La place Maurice Audin
- Le parvis de la Grande Poste
- Parfois poussé jusqu'à la place des Martyrs.
Dès que les moteurs se taisent, le bitume est littéralement pris d'assaut par les piétons, les familles, les enfants et les adeptes des mobilités douces. L'atmosphère s'apparente à une immense fête foraine et culturelle à ciel ouvert. L'Assemblée Populaire Communale (Municipalité) d'Alger-Centre et diverses associations y installent de nombreux stands :
- Pour les enfants : Des ateliers de dessin, de coloriage, des spectacles de clowns, de la prestidigitation, des structures gonflables et des jeux éducatifs.
- Pour les sportifs : Des pistes improvisées pour le vélo, le roller, des tournois d'échecs en plein air, des tables de ping-pong ou des démonstrations d'arts martiaux.
- Pour les artisans et les associations : Des expositions de bijoux traditionnels, d'objets artisanaux et des stands tenus par des associations caritatives ou de scoutisme.
Au-delà de l'aspect récréatif, cette journée porte des messages clairs :
- Sensibilisation écologique : C'est une bouffée d'oxygène pour le centre-ville. Les associations en profitent pour éduquer le jeune public à la protection de l'environnement, au recyclage et à la réduction de l'empreinte carbone.
- Réappropriation de l'espace public : Permettre aux Algérois de redécouvrir la richesse architecturale (notamment le style néo-mauresque et haussmannien) d'Alger la Blanche sans le stress, le bruit et le danger de la circulation automobile.
- Promotion de la santé : Encourager la marche à pied et le vélo dans une ville traditionnellement très saturée par les voitures.
L'évolution de la Journée sans voiture à Alger ouvre la voie à plusieurs perspectives intéressantes. Ce qui n'était au départ qu'un événement annuel ou ponctuel s'est transformé en un rendez-vous régulier (souvent décliné lors des vacances scolaires, de la saison estivale ou de journées mondiales).
Pour l'avenir de la capitale, cette initiative pourrait servir de tremplin à des transformations urbaines, écologiques et sociales bien plus profondes.
L'engouement des Algérois montre un réel besoin d'espaces de détente sécurisés. À l'image de grandes capitales mondiales, l'avenir pourrait voir la piétonisation définitive de certaines artères du centre-ville, soit de manière permanente, soit tous les week-ends (les vendredis et samedis). La rue Didouche-Mourad ou le front de mer s'y prêteraient parfaitement, transformant le cœur d'Alger en une zone de promenade continue.
Aujourd'hui, faire du vélo ou du roller à Alger relève du défi en dehors de ces journées spéciales, en raison du relief de la ville et de l'absence d'aménagements. L'une des perspectives clés est l'intégration de pistes cyclables permanentes et de voies réservées aux trottinettes dans les nouveaux plans d'urbanisme de la Wilaya d'Alger, ainsi que la création de stations de vélos en libre-service.
Pour que le concept "sans voiture" devienne viable à plus grande échelle, l'avenir devra passer par un renforcement des alternatives de transport ce jour-là.
On peut imaginer :
- La gratuité ou des tarifs réduits sur le réseau des transports publics d'Alger durant ces journées.
- L'intégration de navettes électriques ou de bus roulant au gaz naturel pour acheminer les citoyens des banlieues vers le centre piétonnier.
Actuellement très centré sur Alger-Centre (Grande Poste, Audin), l'avenir de l'événement réside dans sa multiplication. Des municipalités comme Bab El Oued, El Biar, ou même les communes de la périphérie (comme Hussein-Dey ou Bologhine) pourraient développer leurs propres zones piétonnes. De plus, cela trace la voie pour d'autres grandes villes algériennes suffoquant sous les embouteillages (Oran, Constantine, Annaba).
Les commerçants, restaurateurs et cafetiers du centre-ville ont tout à gagner à voir les voitures céder la place aux piétons. À l'avenir, ces journées pourraient être l'occasion de créer des marchés nocturnes en été, des festivals culturels de rue plus ambitieux (théâtre de rue, concerts en plein air) et de dynamiser le tourisme national et international au cœur de la richesse architecturale coloniale et néo-mauresque d'Alger.
La Journée sans voitures n'est plus seulement une parenthèse festive, c'est un "laboratoire urbain". Elle permet de tester à petite échelle ce que pourrait être un Alger plus respirable, plus vert et plus humain à l'horizon des prochaines décennies.
C'est un événement très populaire qui rencontre à chaque édition un franc succès, au point que les habitants et les collectifs écologiques réclament souvent sa piétonisation définitive ou sa réplication plus fréquente durant l'année.
Photos. Rachid n'Aït Kaci / Amis du Djurdjura
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