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Ǧeṛǧeṛ

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Une pensée émue à notre ami Abderrahmane Debiane qui vient de nous quitter


Arezki Feddi, un algérien dans les camps d'extermination

Publié par Rachid n'Ait Kaci sur 29 Octobre 2026, 18:03pm

Catégories : #Communication, #Portraits

Tout a commencé il y a deux ans par une question lancinante : qu'en est-il des résistants algériens de la Seconde Guerre mondiale déportés dans les camps de concentration nazis, loin des contingents de soldats mobilisés sur le front? Combien étaient-ils, et pourquoi personne ne parle d'eux? Mes premières recherches ont débuté modestement sur Internet, avant de s'étendre aux livres d'histoire et aux fonds d'archives.

C'est ainsi que j'ai découvert par hasard le dossier d'un déporté de mon village, Arezki Feddi. Une véritable surprise : issu du même terreau, proche de ses proches, je n'avais pourtant jamais entendu prononcer son nom. Si ce pan d'histoire locale était resté dans l'ombre, c'est que la mémoire collective l'avait totalement effacé. Cette découverte a agi comme un déclic, me poussant à multiplier les requêtes auprès de tous les services d'archives. Aujourd'hui, je dispose d'une certaine documentation dont je cherche encore le meilleur format de restitution.

De retour en Algérie l'an passé, j'ai interrogé l'un de ses nombreux homonymes - le plus âgé - et néanmoins parent. S'il se souvenait d'en avoir entendu parler enfant, il m'a expliqué que le doute sur son camp d'engagement avait poussé les siens au silence, menant l'homme à l'oubli total. Preuve que la mémoire collective a ses angles morts.

Si toutes les sources s'accordent sur l'année 1907 à Tinessouine, aucune ne précise sa date de naissance exacte. Toutefois, un document exhumé des archives du ministère des Armées à Caen consigne son âge précis.

Arezki Feddi se distinguait par son indépendance. À une époque où la majorité de ses concitoyens d'origine s'installaient par solidarité et par pragmatisme dans l'Est ou le Nord de la France pour trouver du travail, il avait fait le choix de la région parisienne. Ayant réussi sur le plan social, il avait acquis un bar-cabaret - un accomplissement rare pour l'époque -, il était également un homme engagé et politiquement conscient. Il n'avait pas hésité à sacrifier ses biens pour défendre ses idéaux, au péril de sa vie.

Officiellement, il est " mort pour la France ". En l'absence de nationalité algérienne à cette époque, tous les Algériens tombés pendant ce conflit ont été comptabilisés comme Français. Pourtant, Arezki Feddi était avant tout un communiste, un internationaliste et un humaniste, guidé par la liberté et la fraternité. Il espérait sans doute qu'en contribuant à la libération de la France, il ouvrirait la voie à celle de son propre peuple. Telle était la promesse. Mais les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, sont venus briser cet espoir. Et nous connaissons la suite.

Le n° 37 de la rue du Pont d'Argenteuil à Gennevilliers

Avant même l'arrivée d'Arezki Feddi à cette adresse, les lieux avaient déjà accueilli un certain Joseph Hlavek et sa famille, un militant communiste tchécoslovaque, qui avait rejoint les Brigades internationales en Espagne. En 1937, Arezki y ouvre un débit de boissons qui devient progressivement un lieu stratégique pour le Résistance, servant à la fois de point de réunion, de soutien logistique et de refuge clandestin.

Devenu membre du Parti communiste français (PCF), Arezki fait l'objet d'une perquisition dès août 1939, menée par la Brigade spéciale d'intervention d'Asnières. Les policiers y découvrent des tracts et des affiches du parti. Il entre par la suite dans la clandestinité et apporte son soutien aux Francs-tireurs et partisans (FTP), principal mouvement de résistance armée d'obédience communiste en France durant la Seconde Guerre mondiale.

Arezki Feddi met son réseau et ses ressources au service de la Résistance. Il joue un rôle logistique essentiel en hébergeant des militants clandestins, des membres des FTP ainsi que des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), auxquels il fournit des refuges pour échapper aux autorités allemandes et françaises.

En octobre 1943, à la suite de l'arrestation de deux militants qu'il protégeait, Raymond Duboc et Georges Mandy, Arezki Feddi est à son tour arrêté par la Brigade spéciale d'intervention d'Asnières, puis incarcéré. Il passe huit mois dans différents lieux de détention de la région parisienne avant d'être déporté au camp de concentration de Dachau, en Allemagne.

Le convoi 7909 du 02 Juillet 1944 ou le train de la mort

Arezki, avec plus de deux milles personnes (2152 est le chiffre exact), est au départ de la ville de Compiègne en ce 2 juillet 1944. Il sera déporté sous le nom erroné de Foddi Arezki - Son acte de décès n'a été rectifié que tardivement, en octobre 1989, car son nom avait initialement été omis des listes officielles des convois vers le camp de de Struthof.- et une date de naissance tout aussi erronée (?) : 21 mars 1905. Peut-être était-ce sa vraie date de naissance.

Ce départ survient moins d'un mois après le débarquement allié en Normandie, alors que l'issue de la guerre semble déjà se dessiner. Le convoi rassemble une multitude de déportés : de nombreux Juifs, des Français, des résistants, ainsi que des captifs d'autres nationalités (20 nationalités au total). Parmi eux, j'ai pu identifier sept autres Algériens, avec leurs dates et lieux de naissance; autant de compagnons de misère qu'Arezki a probablement croisés, bien que tous n'aient pas été voués aux mêmes camps. Ce train dans lequel il fut embarqué constitue le cinquième convoi à destination des camps d'extermination. Selon la Fondation pour la mémoire de la Déportation, 519 déportés y perdront la vie avant même d'arriver au terme du voyage le 5 juillet. Le train avait mis 3 jours et 7 heures avant d'atteindre sa destination. En cet été étouffant, jusqu'à cent prisonniers sont entassés par wagon hermétiquement clos, debout, privés d'eau et de nourriture.

Arrivé à Dachau, il reçoit le matricule 76804. Cependant, il n'y restera pas longtemps et sera transféré 20 jours plus tard, le 22 juillet, au camp de Natzwiller-Struthof (dans le Bas-Rhin, en Alsace). C'est là qu'il trouve la mort le 16 mars 1945, quelques semaines avant la fin de la guerre et la libération des camps.

Arezki Feddi avait-il une compagne?

La question de la situation familiale d'Arezki Feddi s'est posée à moi : était-il marié ou père de famille? Les investigations menées jusqu'à présent n'ont pas permis d'apporter de réponse formelle. Si une certaine Maria Feddi, de dix ans sa cadette et également  arrêtée et fichée par les autorités allemandes, a été identifiée, aucun lien de parenté ou de mariage n'a pour l'instant été confirmé.

Hommage en France 

Son nom est gravé sur la stèle du cimetière communal de Gennevilliers, érigée en hommage aux résistants morts pour la défense et la Libération de la France dont les corps ne sont jamais revenus. Cette dernière se trouve au 43 rue Villebois-Mareuil à Gennevilliers, implantée directement dans le carré militaire dédié à la Seconde Guerre mondiale.

Hommage en Algérie

Je propose à la commune, au comité de village ainsi qu'aux associations locales d'organiser une journée d'hommage consacrée à sa mémoire et à son parcours. L'apposition d'une plaque commémorative constituerait également un symbole fort pour sensibiliser la jeunesse, à l'heure où les idéologies fascistes refont surface à travers le monde.

Sources :

- Arolsen archives

- Archives de Dachau et de Natzwiller-Struthof

- Archives de Gennevilliers

- Ministère des Armées - Archives de Caen

- "Le train de la mort", Christian Bernadac, éditions France-Empire, 1970

- "2 juillet 1944, les wagons de la mort", film documentaire en 2 épisodes, de Dominique Prusak, réalisé par : Laurent Paulré

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