Accoudé à la rambarde, sur la terrasse de ma maison, le regard perdu dans l'horizon, je ressens ce moment comme une échappée hors du temps. Un instant fugace, comme volé à la Nature elle-même, une parenthèse suspendue où le monde semble s'être figé pour m'offrir ce spectacle unique. Je sais que jamais ce moment ne se répétera, que cette lumière, ce silence, cette respiration partagée entre les montagnes et le ciel, sont aussi éphémères qu'un souffle d'été.
Il fait nuit noire.
La Kabylie est une terre de souvenirs, de traditions, mais aussi un lieu où le ciel nous appartient encore un petit peu. Là, sous ce voile d'étoiles, je me sens comme un promeneur dans un rêve, un simple observateur privilégié d'une scène que la Nature seule sait composer. J’ai ce frisson, celui de savoir que je suis au bon endroit, au bon moment. Je sors mon téléphone, je prends quelques clichés, non pas pour figer ce moment, mais pour le rendre éternel dans l’instant présent, pour en conserver l'éclat fragile.
Nos montagnes ont cette magie ancienne, ce souvenir de soirs sans artifices, où les étoiles paraissaient à portée de main. Avant l'arrivée de l'électricité, avant que la lumière artificielle ne vienne altérer le ciel, nous avions le privilège de "faire des brassées d'étoiles", de les saisir du regard, de les respirer comme une promesse d'infini. La voie lactée s'étirait alors dans toute sa splendeur, une autoroute cotonneuse qui reliait les sommets aux étoiles, une rivière d'éclats blancs qui nous faisait croire que l'Univers était un poème vivant, un espace accessible.
Aujourd'hui encore, ce souvenir demeure, même si le ciel a perdu un peu de sa clarté sous l'emprise des lumières blafardes. Mais ce soir-là, sur cette terrasse, tout reste intact. Le murmure des montagnes en arrière-plan, l'odeur de terre et de feuillage, de l'eau qui coule sans bruit, et ce ciel sans fin, c'est tout ce dont j'ai besoin pour sentir que je fais partie d'une histoire plus grande que moi, une histoire tissée de silences et d'étincelles.
Prendre ces quelques photos, c'est une façon de prolonger ce frisson, de le partager. Mais il reste toujours la conscience, une douce mélancolie, le souvenir des êtres chers qui ne sont plus là, celle que ce moment est unique, irrépétible. Un cadeau qui vient de je ne sais où, un "instant volé" que l'on n'oublie jamais. Ma cousine est sur son balcon, discrète. Je me demande si elle a les mêmes sensations que moi.
Sur la terrasse de ma maison, je repose le téléphone. Je laisse l'image s'imprimer dans ma mémoire, là où elle restera gravée comme un poème, comme une ode silencieuse aux montagnes, aux étoiles et à ce moment parfait.
* En hommage à L. Ait-Menguellet qui nous a tant donné et appris.
Rachid n'Ait Kaci / Amis du Djurdjura - Novembre 2024.
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