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Ǧeṛǧeṛ

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Un espace partagé pour une écologie humaine


Transformer l’abondance en sécurité hydrique durable

Publié par Rachid n'Ait Kaci sur 12 Février 2026, 12:31pm

Catégories : #Action, #Communication, #Eau

Une rivière en crue ger At-Yighil et At-Ali. Photo R. n'Ait Kaci

Cette année, l’Algérie vit un paradoxe climatique frappant. Peu de neige sur les reliefs, mais des pluies diluviennes et torrentielles, comme on n’en avait pas connues depuis au moins une décennie. Après des années de sécheresse éprouvante, les barrages se sont remplis, les sols sont gorgés d’eau et, fait rare, les précipitations semblent avoir été relativement bien réparties sur l’ensemble du territoire national.

Pour beaucoup, ces images d’oueds débordants et de retenues pleines sont synonymes de soulagement. Mais au-delà de l’émotion immédiate, une question essentielle s’impose : s’agit-il d’un simple répit ou du signe d’un cycle plus favorable ? Autrement dit, pouvons-nous espérer que ces années généreuses se répètent, ou devons-nous nous préparer à de nouvelles périodes de pénurie ?

Les données climatiques mondiales montrent que le changement climatique n’apporte pas nécessairement plus d’eau, mais davantage d’extrêmes. Alternance de sécheresses prolongées et d’épisodes pluvieux violents : telle semble être la nouvelle norme. Cela signifie que nous pourrions connaître d’autres années très arrosées… mais aussi des années encore plus sèches. L’irrégularité devient la règle.

Dans ce contexte, la véritable question n’est pas de savoir si la pluie reviendra, mais ce que nous faisons de celle qui tombe aujourd’hui.

Une année exceptionnelle est une opportunité stratégique. Elle offre une chance de reconstituer les réserves, de recharger les nappes phréatiques et de renforcer la résilience du pays. Encore faut-il disposer d’une vision à long terme.

D’abord, la gestion des barrages doit être optimisée. L’envasement réduit leur capacité réelle ; un programme ambitieux de curage et de maintenance permettrait d’augmenter le volume utile sans construire nécessairement de nouvelles infrastructures lourdes. Parallèlement, le développement de retenues collinaires et de systèmes de recharge artificielle des nappes souterraines permettrait de stocker l’eau là où elle s’évapore le moins : sous terre.

Ensuite, la lutte contre les pertes dans les réseaux de distribution est un impératif. Dans de nombreux pays, une part importante de l’eau potable est perdue avant même d’atteindre le consommateur. Rénover les canalisations, moderniser les systèmes de détection des fuites et rationaliser la distribution équivalent à « produire » de l’eau supplémentaire sans mobiliser une seule goutte de plus.

Le secteur agricole, principal consommateur d’eau, doit également évoluer. Généraliser l’irrigation au goutte-à-goutte, encourager des cultures adaptées aux réalités climatiques locales et développer la réutilisation des eaux usées traitées constituent des leviers majeurs. Il ne s’agit pas de produire moins, mais de produire autrement.

Enfin, une véritable culture de l’économie de l’eau doit s’ancrer dans les comportements. L’abondance ponctuelle ne doit pas faire oublier la fragilité structurelle. L’éducation, la tarification incitative et la sensibilisation sont des outils essentiels pour inscrire la sobriété dans la durée.

Cette année pluvieuse ne doit pas être perçue comme une parenthèse heureuse, mais comme un avertissement bienveillant. Elle nous rappelle que l’eau peut revenir… mais qu’elle peut aussi repartir. Entre fatalisme et optimisme naïf, il existe une voie de responsabilité : transformer l’abondance passagère en sécurité hydrique durable.

La pluie est tombée. À nous maintenant d’en faire un héritage, et non un souvenir.

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F
C'est la loi d'Anzar, dieu de l'amour
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